art, artiste, peintre, peinture, Franche-Comté

Alice Rahon

Chenecey-Buillon, 1904 - Mexico, 1987


« Il y a pour moi quelque chose d'essentiel à votre présence et à cette note particulière de votre voix qui me fait l'effet d'une goutte de rosée à la pointe d'une herbe. »

André Breton




Plus je lis des choses sur Alice Rahon moins je crois qu’elle ne se soit jamais sentie vraiment Franc-Comtoise. Bretonne peut-être. Mexicaine sans doute. Mais Franc-Comtoise rien n'est moins sûr. Le hasard l’a fait naître ici (Chenecey-Buillon dans le Doubs) plutôt qu’ailleurs (Goulven sa vraie-fausse ville natale dans le Finistère). Mais qu’importe après tout, les gens qui sont nés quelque part finissent souvent par fatiguer leur monde.
J’aimerais beaucoup connaître le chemin, que j’imagine volontiers tortueux et improbable, qui conduisit une jeune fille d'un milieu modeste des communs d’un hôtel parisien à la fréquentation de Pablo Picasso, d’André Breton ou encore de Man Ray. Son mariage avec un peintre-philosophe, Wolfgang Paalen et puis le tour du monde en compagnie d’une amie… et puis Frida Kahlo, Diego Rivera, Anaïs Nin… des expositions personnelles aux États-Unis, au Mexique, au Canada, à Paris… et finir, (presque) parfaitement oubliée du pays qui l’a vue naître, dans une maison de retraite à Mexico.
Cette vie de roman ne laisse pas de satisfaire une attirance personnelle pour ceux que le fatum décide de prendre sous son aile et de ne plus lâcher.


inter

Alice Rahon : 1904-1987

Poète et peintre Française


– 1904 : Naît à Chenecey-Buillon dans le Doubs ; enfance et jeunesse passées à Paris.

– Vers 1931 : Elle rencontre le peintre autrichien Wolfgang Paalen avec lequel elle se lie. Ils fréquentent ensemble le groupe surréaliste. Man Ray photographie Alice vers cette époque.

De Artibus Sequanis, les arts en Franche-Comté, Alice Rahon portant le collier offert par Picasso
Alice Rahon portant le collier offert par Picasso c. 1940

De Artibus Sequanis, les arts en Franche-Comté, Alice Rahon, Valentine Penrose, 1935
Valentine Penrose, 1935

– 1934 : Elle épouse Paalen.

– 1936 : Devient officiellement membre du groupe surréaliste. Elle publie son premier recueil de poèmes À même la terre, aux Éditions Surréalistes. Liaison avec Picasso, qui lui dédie un poème. Paalen menace de se suicider. Par la suite, elle part en voyage aux Indes avecValentine Penrose. Les deux femmes se lient d'amitié intime et leurs poèmes se feront écho pendant plusieurs années.

– 1938 : Publie Sablier couché, plaquette de quelques poèmes aux Éditions Sagesse, avec une gravure de Miró.

– 1939 : Les Paalen émigrent au Mexique, par la côte Ouest des États-Unis et du Canada, où ils admirent et étudient l'art amérindien.

– 1940 : Installés à Mexico, les Paalen participent à L'Exposition internationale du surréalisme à la Galeria de Arte mexicano.

– 1941 : Publie son dernier recueil de poèmes, Noir Animal, aux éditions Dolores La Rue. Désormais, elle se consacre presque entièrement à la peinture, n'écrivant que rarement. Adoptera le nom d'Alice Rahon.

– 1942 : Elle fonde la revue d'avant-garde d'art et de littérature, Dyn, dont les six numéros paraîtront de 1942 à 1945 et à laquelle Alice Rahon contribuera avec diverses illustrations et quelques textes, dont le remarquable Poème-tableau (Dyn I, 1942), composé d'une gouache, Le Sourire de la Mort (1939) et du petit poème : Le sourire de la mort couché sur le chemin inattendu comme le visage du retour

– Vers 1945 : Divorce

– Vers 1946-1947 : Remariage avec Edward Fitzgerald, qui a réalisé des décors pour Buñuel.

– Vers 1947 : Ils font ensemble un court métrage de marionnettes, intitulé Le Magicien.

– 1951 : Autoportrait en Alice au pays des merveilles.

– Années 50-60 : Série de tableaux-hommages à ses amis : 1956-1966 La Ballade de Frida Kahlo, 1960 : Le Pays de Paalen, le poème au même titre (1959), paraîtra dans Pleine Marge n° 4, 1986), 1967 : Homme traversé par une rivière/hommage à André Breton.

– Vers 1960 : Rahon et Fitzgerald divorcent.

– Vers 1968-1970 : Elle se retire définitivement dans sa maison de San Angel.

– Vers 1975 : Elle cesse de peindre. Un de ses tous derniers tableaux s'intitule Une géante nommée Solitude.

– 1986 : Grande exposition rétrospective à Mexico.

– 1987 : Meurt à Mexico.




Alice Rahon

In : Alice Rahon, Wikipedia.


De Artibus Sequanis, les arts en Franche-Comté, Wolfgang Paalen dans son atelier parisien en 1933
Wolfgang Paalen dans son atelier parisien en 1933.

Alice Rahon, née à Chenecey-Buillon (Doubs) le 8 juin 1904 et morte à Mexico en 1987, est une poétesse et artiste peintre surréaliste française.

Elle passe son enfance et sa jeunesse à Paris. En 1931, elle rencontre le peintre autrichien Wolfgang Paalen1. Ensemble, ils participent aux activités des surréalistes.

De Artibus Sequanis, les arts en Franche-Comté, Alice Rahon, À même la terre

Ils se marient en 1934.

En 1936, son premier recueil de poèmes À même la terre paraît aux Éditions Surréalistes, avec une gravure d’Yves Tanguy et une maquette de Benjamin Péret.

 

le museau de bois à la place du visage

arqué par la folie sur le feu de nuit

tu respires les mots empoisonnés

ce fil tissé à la hâte

cette bave éclatante

ces cris d’herbe sous le pied

ces toiles lourdes d’encre

cette spirale vibrante d’eau

ce museau

cette pointe

noué dans la crainte du rire sans remède


De Artibus Sequanis, les arts en Franche-Comté, Alice Rahon et Pablo Picasso
Yvonne Zervos, Alice Rahon et Pablo Picasso.

Elle a une liaison avec Picasso. Wolfgang Paalen menace de se suicider. Alice Rahon part en Inde avec Valentine Penrose2.

En 1938, paraît le recueil Sablier couché aux Éditions Sagesse, avec une gravure de Joan Miró.

En 1939, avec Wolfgang Paalen, elle émigre au Mexique en passant par la côte ouest du Canada et des États-Unis où ils admirent l’art amérindien. À Mexico, ils rencontrent les peintres Frida Kahlo et Diego Rivera et participent à la première exposition internationale du surréalisme organisée à la Galeria de Arte Mexicano.

De Artibus Sequanis, les arts en Franche-Comté, Alice Rahon, dessin de Wolfgang Paalen pour Noir Animal
Alice Rahon, dessin de Wolfgang Paalen pour Noir Animal.

En 1941, après la publication du recueil Noir animal, aux éditions Dolores, elle abandonne l’écriture pour la peinture et adopte son nom de naissance.

De Artibus Sequanis, les arts en Franche-Comté, Alice Rahon, À même la terre

Avec Paalen, elle participe à la création de la revue Dyn qui comptera six numéros jusqu’en 1945.

Elle divorce puis se remarie en 1946 avec Edward Fitzgerald qui a réalisé des décors pour le cinéaste Luis Buñuel.

En 1947, ils réalisent un court-métrage de marionnettes Le Magicien.

En 1956, la galerie parisienne La Cour d’Ingres organise une exposition personnelle de ses œuvres qui ne suscite aucune réaction de la part d’André Breton, plus sensible à ses poèmes qu’à sa peinture.

En 1960, elle divorce à nouveau puis se retire dans sa maison de San-Angel.

En 1986, une rétrospective est organisée à Mexico.




Notes


1) — Wolfgang Paalen, né le 22 juillet 1905 à Vienne en Autriche et mort le 24 septembre 1959 à Taxco au Mexique, est un peintre, sculpteur et philosophe. Membre du groupe surréaliste autour d'André Breton en 1935, il joue un rôle capital comme peintre et inspirateur pendant son exil à Mexico après 1939. Il est fondateur et éditeur du magazine contre-surréaliste DYN, par lequel il cherche à réconcilier des tendances matérialistes et mystiques (délits en surréalisme) par sa philosophie de la contingence comme substitut au principe surréaliste de la nécessité involontaire. Il apparaît comme l'un des plus influents théoriciens de l'art abstrait pendant la Seconde Guerre mondiale.

2) — Valentine Penrose, née Boué à Mont-de-Marsan (Landes) le 1er janvier 1898 et morte à Chiddingly, East Sussex (Angleterre), le 7 août 1978, était une écrivaine (poésie et prose) et une plasticienne (collages) surréaliste française.




El INBA recordará a la artista Alice Rahon en su 30 aniversario luctuoso


El Instituto Nacional de Bellas Artes (INBA), por medio de la Coordinación Nacional de Artes Visuales, recordará a la artista Alice Rahon a 30 años de su fallecimiento, con una mesa en la que se proyectarán fragmentos del documental Alice Rahon: la abeja negra, de la Colección Phares.

En esta actividad, que se realizará el miércoles 7 de junio a las 19:00 en la Sala Manuel M. Ponce del Palacio de Bellas Artes, participarán Magdalena Zavala Bonachea y la curadora de arte Tere Arcq.

“La idea es presentar la diversidad de su creación y la importancia que tuvo y tiene dentro del surrealismo, así como el impacto que México y su cultura tuvieron en su obra”, explicó al INBA Tere Arcq.

Para ello, se proyectarán fragmentos del documental producido por Julien Ferrandou y dirigido por Dominique Ferrandou, bajo la firma de la Colección Phares de Aubé Breton, hija de André Breton, que forma parte de una serie de largometrajes que rescatan la memoria de los artistas que formaron parte o estuvieron vinculados con el surrealismo, como lo fue Alice Rahon.

“Gran parte del material que se filmó proviene del momento en que se clasificó y catalogó el archivo de la artista para la exposición que le dedicó el Museo de Arte Moderno en 2009, titulada Alice Rahon. Una surrealista en México 1939-1987.

De Artibus Sequanis, les arts en Franche-Comté, Alice Rahon, invitation exposition
Invitation rétrospective Alice Rahon,
Juin 2017,INBA - Instituto Nacional de Bellas Artes
Mexico / Mexique.

“Hablaremos sobre cómo fue este descubrimiento, porque era un archivo prácticamente inédito, cubierto por los pelos de los gatos que tenía la artista, en el que encontramos documentos muy importantes, como sus cuadernos, manuscritos, poemas inéditos y cartas con personalidades como Picasso o Breton.

“Había muchas fotografías personales y, algo muy importante, el catálogo de su obra. Llevaba un registro minucioso de las obras que producía, algo que le enseñó Inés Amor. La mayor parte de los cuadros que pintaba los fotografiaba, al reverso incluía todos los datos de la pintura y, en su caso, a quien se la había vendido. Esto permitió ubicar muchas de las piezas que no se habían expuesto nunca y verificar su autenticidad”, detalló la curadora.

El documental abarca todas las facetas de la artista, desde sus aportaciones en la poesía, el cine y la plástica, aunado a la perspectiva de su vida. “En su momento ella fue una artista bastante respetada por los surrealistas, con muchas exposiciones en el extranjero, y, sin embargo, estuvo prácticamente olvidada” por 23 años, desde su última exposición en vida, en el Palacio de Bellas Artes, hasta el 2009.

Alice Rahon (1904-1987) fue una artista nacida en Francia, donde inició su obra poética; sin embargo, fue en México donde realizó toda su obra plástica. Ella se naturalizó mexicana y pasó toda su vida en el país, por lo que “la mayor parte de su archivo está aquí”.

Tere Arcq dijo también que “México fue un país que tuvo una influencia determinante en ella y en la mayoría de los surrealistas. Llegó al país invitada por Frida Kahlo, y lo recorrió junto a ella, Diego Rivera, otros artistas como los hermanos Covarrubias y su marido Wolfgang Paalen. Participó en descubrimientos arqueológicos y estuvo muy interesada por los códices prehispánicos y las fiestas populares. Todo esto está representado en su obra.

“Después de mantenerse varios años en el olvido, el interés que tuvo el INBA por rescatarla, investigarla y dedicarle esta exposición ayudó a que la artista tuviera una presencia más fuerte.

“El documental forma parte del afán que tienen muchos museos alrededor del mundo por recuperar la importancia del surrealismo, lo cual ha dado pie a una serie de exposiciones internacionales, en las que Rahon, junto a Frida Kahlo, Remedios Varo y Leonora Carrington son referentes imprescindibles”.

Finalmente, Arcq explicó que el trabajo sobre el archivo de Rahon en México fue un parteaguas para el inicio de diversas investigaciones sobre la artista en Francia, las cuales exploran la relación entre la poesía y la pintura, una de las principales características de su obra; por ejemplo, sus primeras pinturas, las cuales expuso en México, las llamó “cuadrospoema”.




The infinite space of Alice Rahon’s Sandstorm

In : SLAM | December 28, 2016 (Saint Louis Art Museum, US)

In the late 1930s and 40s, Mexico had an immense allure for Surrealist artists, many of whom fled the advance of Nazi forces across Europe. Not only were Mexico’s entry procedures for foreigners relatively relaxed, but after a 1938 visit, the French founder of Surrealism, André Breton, declared the country, with its dramatic landscape, idiosyncratic customs, and vibrant indigenous culture “the Surrealist place par excellence.” 12

French Surrealist poet Alice Rahon and her Austrian husband, painter Wolfgang Paalen, traveled to Mexico in 1939 on an invitation from artists Diego Rivera and Frida Kahlo.3 That year, the official outbreak of World War II led Rahon to settle permanently in Mexico, where she remained for the rest of her life. She showed three watercolor paintings in the influential 1940 International Exhibition of Surrealism in Mexico City, which included the work of European and Latin American artists. 4 Rahon helped her husband organize the exhibition along with Breton, and Peruvian poet César Moro.5 In the next few years, many more European artists joined Rahon in Mexico including Remedios Varo, Benjamin Péret, Leonora Carrington, and Luis Buñuel.6

In France, Rahon was known among Surrealists for her poetry, which was well received. Her book À Même La Terre [On the Bare Ground], 1936 was the first volume by a woman released by the publishing company Editions Surréalistes.7 In Mexico, however, she began her transition from poet to painter, a shift Rahon herself attributed to the vibrant colors of Mexico.8

De Artibus Sequanis, les arts en Franche-Comté, Alice Rahon, Sandstorm, SLAM
Alice Rahon, Sandstorm, 1947, Saint Louis Art Museum, gift of Mr. and Mrs. Joseph Pulitzer Jr.


Stippled with touches of dusky purple, mauve, and burnt orange, Rahon’s painting Sandstorm, 1947 confirms that her work was steeped in the intense hues of the Mexican environment. The painting, given to the Saint Louis Art Museum in 1954 by Joseph Pulitzer Jr., is on view at the museum for the first time ever in Gallery 212. In the imagined landscape of Sandstorm, mountains emerge from an atmosphere of shifting color, representing swirling sands thrown about by the wind. A large, hot sun is visible through the storm, hanging low over a pack of cattle or horses. Rahon later claimed, “Sandstorm coincides with my discovery of the Mexican landscape—I made a series of landscapes where I tried to give that impression of infinite space, and dramatic scale where humans are too small to be visible.”9

Like much of Rahon’s work, Sandstorm is also informed by prehistoric paintings and petroglyphs. The animals grazing in this amorphous environment may reference animal paintings from the Upper Paleolithic period found on the walls of the Altamira Cave in Spain, which Rahon visited in 1933.10 In the catalog for a 1951 exhibition at the Willard Gallery in New York, Rahon wrote: “in the earliest times, painting was magical; it was the key to the invisible. In those days the value of a work lay in its powers of conjuration, a power that talent alone could not achieve.” This ability to envision new worlds may be, perhaps, what Rahon strove for in her own work and the reason why, when asked by a reporter to what school of painting she belonged, Rahon responded, “I think I am a cave painter.”11

Molly Moog, Alice Rahon, SLAM

Molly Moog, research assistant
for modern and contemporary art
at the Saint Louis Art Museum.






Notes


1) — Louise Tythacott, Surrealism and the Exotic (London and New York: Routledge, 2003), 180.

2) — Rafael Heliodoro Valle, Diálogo con André Breton, Universidad: Mensual de cultura popular 29 (June 1938), p.6.

3) — Amy Winter, Wolfgang Paalen: artist and theorist of the avant-garde (Westport, Connecticut and London: Praeger, 2003), p. 66.

4) — Exposición Internacional del Surrealismo (Mexico City: Galería de Arte Mexicano, 1940), np.

5) — Jorge Alberto Manrique and Teresa del Conde, Una Mujer en el Arte Mexicano: Memorias de Inés Amor (Mexico City: Universidad Nacional Autónoma de México, 1987), p. 95.

6) — Nancy Deffebach, Alice Rahon, in Blanton Museum of Art: Latin American Collection. ed. Gabriel Pérez-Barreiro (Austin: University of Texas Press, 2006), p.336.

7) — Penelope Rosemont, ed. Surrealist Women: an International Anthology (Austin: Universtiy of Texas Press, 1998), p.81.

8) — Lourdes Andrade, Alice Rahon: Magia de la Mirada (Mexico City: Consejo Nacional para la Cultura y las Artes, 1998), p.19, quoted in Nancy Deffebach, Alice Rahon: de poetisa francesa a pintora mexicana, in Alice Rahon: Una surrealista en México (1939-1987) (Mexico City: Museo de Arte Moderno and Instituto Nacional de be Bellas Artes, 2009), p.183.

9) — In a letter to Joseph Pulitzer dated March 27, 1958, quoted in Charles Scott Chetham, Modern Painting, Drawing & Sculpture Collected by Louise and Joseph Pulitzer, Jr. (Cambridge, MA: Fogg Art Museum, 1958), p.245.

10) — Nancy Deffebach, Alice Rahon: Poems of Light and Shadow, Painting in Free Verse. Onthebus 8-9 (1991), p.180.

11) — Ibid., p.186.










About Alice Rahon

In : SWA, Surrealist Women Artists

Alice Marie Yvonne Philippot (Alice Rahon) was born in Chencey-Buillon, Quingey in Eastern France, on June 8, 1904. Raised in a humble family, her mother was a cook in a Parisian household, and her father worked as a valet. Her best childhood memories were from the days she spent in Roscoff, northwest of France, with her paternal grandparents, spending time on the beach amidst the sand, the waves, and the wind. At a very young age, Rahon had an accident that marked the rest of her life ; she broke her right hip, and was forced to spend the following months and years on bed rest. Alice coped with this obstacle, by filling her days with reading, painting, and drawing—the beginning of a life-long creative endeavor. At age twelve, however, she suffered another accident and broke her leg, which actually alleviated her limp. Another great tragedy in Rahon’s life was the birth of a son who had a congenital anomaly and died very soon after. Not much more is known about who the father was or the story of her pregnancy, but the physical pain and the loss was something that followed her through out the rest of her life.

De Artibus Sequanis, les arts en Franche-Comté, Alice Rahon, Inde 1936
Alice Rahon, Inde, 1936.

In 1931, Alice Rahon met Wolfgang Paalen, an Austrian painter, in Paris. Paris acted as the cradling arms for her creative life ; it was here where she dabbled in poetry and was introduced to the surrealist movement. In March of 1934, she married Paalen. This first marriage was of great influence for her artistic life. Sharing the love for places and objects corresponding to prehistoric myths, the couple lived a nomadic life for the first years of their relationship.
Traveling to Spain in 1933, Rahon and Paalen toured the Altamira caves with its prehistoric paintings. Excursions to Greece, India, Alaska and Mexico appeared as influences in her writing and, later on, her painting. Her trip to India with the poet Valentine Penrose in 1936 was her intent to escape from a brief affair with Pablo Picasso. Alice encountered India, and fell in love with the light, the children, the mysticism, the dances, and the elephants. In these years her writing flourished. Her first collection of poems À même la terre was published in 1936, and followed by Sablier couché in 1938, which received high praise from André Breton, known as the founder of Surrealism.

Although Rahon traveled extensively through Europe and Asia, Mexico stood as the epicenter of her art. In 1939, Paalen, Rahon, and Eva Sulzer (one of Rahon’s most loyal friends), were invited by Frida Kahlo to travel to Mexico. First, they decided to visit Alaska and tour British Columbia, where they explored the mysticism of the prehistoric cultures. In September they settled in Mexico where they stayed, due to the outset of World War II and Alice abandoned writing to devote her life to painting. Mexico's colorful culture drove her to pick up the paintbrush and drop the fountain pen ; she published her last collection of poems, Noir animal, in 1941. From that point forward she dedicated all her time to painting, heavily influenced by both her surroundings, as well as her husband. Paalen served as a promoter for her art ; he founded and edited a magazine, Dyn, where some of her poems and illustrations are published.

De Artibus Sequanis, les arts en Franche-Comté, Alice Rahon, Wolfgang Paalen, André Pieyre de Mandiargues et Octavio Paz
Alice Rahon, André Pieyre de Mandiargues, Wolfgang Paalen et Octavio Paz, Tepoztlàn, 1958.

Since 1944, she began exhibiting her works in Mexico, New York, San Francisco, Los Angeles, Paris, and Lebanon. In 1946 she wrote and choreographed a ballet, Ballet de Orión ; she envisioned this show as a story of birth, revelation, and hope, and was inspired by her trip to India, astrology, and mythology. She worked on this project and others with her second husband, Edward Fitzgerald, a Canadian set designer, but it was a short and failed marriage, divorcing in 1947.

Alice Rahon lived her final years painting, traveling, and visiting prominent artists like Anais Nin, Henry Miller, Octavio Paz, and others. She settled in her house Las Flores (The Flowers) in Acapulco, Mexico. Alice Rahon has had two other major exhibitions: one in La Galeria de Arte Mexicano and the last—a dream come true— in el Palacio de Bellas Artes in 1986. After a harsh fall, she hurt her back and rejected any medical help, locking herself in her house. Following her last exhibition, she was admitted to an old people's nursing home where she died on in September of 1987 in Mexico City.

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Wolfgang Paalen, Portrait d'Alice Rahon.

In the discussion of Alice Rahon as an artist, she must be remembered for the two roles she played: Rahon the writer and Rahon the painter. André Breton, the founder of the surrealist movement in Paris, praised her work as a writer, but this interaction with Breton and consequently, with surrealism launched her career as a painter. In her writing, Rahon blurs the line between the separation of her verses and her life. Many of her poems are autobiographical, and sometimes reveal intimate details about her life. But most importantly, her poetry is drenched with surrealistic imagery. One of her most evidently surrealistic poems emerges from the collection A même la terre (same land). It reads:



A woman who was beautiful
one day
ripped her face
her head was left smooth
blind and deaf
the coat of the mirrors
and the looks of love
In the reedbed of the sun
her head couldn’t be found
hatched by a hawk



The image of the woman ripping her face off and the head being hatched by a hawk resemble the surrealist paintings Breton admired. Similar to this untitled poem, her poetry usually resonates with a sense of sadness amidst the bizarre images. Although Rahon is mostly known for her paintings, her poetry is not to be ignored.

Wolfgang Paalen (1905-1959), her first husband, and André Breton (1896-1966) were very influential figures in her transition into the visual arts. Mexico also provided the space for Rahon to develop as a painter. One of the prominent images in her poetry and paintings is the unison of two rivers, which alludes to the union of humans and nature, as well as the natural separation between the two entities. On a lighter note, one might attribute this image to her lifelong commitment to swimming.

Her paintings reflect her many travels in search of myths and anthropological objects. Caves, tribal pictorials, traditions, myths, and legends are plastered on her canvases, and undeniably, Mexico is the setting for most of the scenes she paints. The country did not only provide her with many friendships, but it was also a source of inspiration. Pyramids and volcanoes appear in her paintings and the explosion of color marks Mexico as an important place for her art. Resembling many cave paintings, Rahon’s works portray her obsession with the mythological and the ancient, and she manages to evoke both the past and a mystical future in her paintings.

Some of her most interesting works were created as homages to her artist friends: Anaïs Nin, Virginia Woolf, Wolfgang Paalen, André Breton and, of course, Frida Kahlo. For example, The Ballad for Frida Kahlo narrates various encounters they had. Emphasizing the tones of blue, green, and red speckled through out the painting, Rahon paints a magical scene with cats, giraffes, pyramids, and a Ferris wheel. Dark and somber, the painting stands as a magnificent tribute to their friendship and to Kahlo. She also dedicates one of her works to Wolfgang Paalen, entitled The Toucan and the rainbow (1967) because of his connection with a beautiful toucan whose beak was an unusual array of rainbow colors. This painting is an exposure of her masterful use of color.

Leaving behind many paintings and poems for the world, Alice Rahon demonstrated her talent in these two forms of art. Channeling her countless trips and her admiration of the past, she brings all to bear through her artwork, and she emerges as a mythical figure through the strokes of her paintbrush and the words from her pen.




Alice Rahon

Anaïs Nin, in : femmespeintres.net

Alice Philippot passe son enfance et sa jeunesse à Paris. Au début des années 1930, elle fréquente les surréalistes et rencontre le peintre autrichien Wolfgang Paalen. Ils se marient en 1934.

En 1936 elle passa plusieurs mois en Inde avec Valentine Penrose, elles s'écrivent es poèmes d'amour. Le poème Muttra de Sablier couché et certains textes de Noir Animal se référent à l'expérience indienne partagée avec Valentine Penrose. En 1939 elle émigre au Mexique avec Wolfgang Paalen.

Après la publication de ce dernier recueil en 1941, elle abandonne l'écriture pour la peinture et adopte le nom de Rahon.

Son sourire et son expression sont éblouissants, éblouissants d'esprit, d'intelligence, de vie.

Ses peintures sont entièrement tirées de mondes souterrains, tandis que ses descriptions du Mexique sont violents de couleurs, de drames et de joies.




Alice Rahon: el surrealismo vigente

In : proceso.com.mx

Alice Marie-Yvonne Phillippot nace en el pequeño poblado de Chenecey-Buillon, cerca de la frontera con Suiza, el 8 de junio de 1904 Un grave accidente a los tres años la fuerza a permanecer inmovilizada durante largos períodos y la convierte en una persona contemplativa, amante de la lectura tanto como de la naturaleza.

En 1931 conoce al pintor austriaco Wolfgang Paalen, y en compañía suya comienza a frecuentar a los surrealistas Se casan tres años más tarde Ella escribe poemas que publica bajo el nombre de Alice Paalen. En 1936 aparece À même la terre; en 1939, Sablier couché.

En enero de ese mismo año, Frida Kahlo viaja a París por invitación de André Breton Conoce a los Paalen Los invita a México Alice y Wolfgang aceptan la invitación pero no viajan a México directamente Dado el interés que ambos tienen por el arte de los pueblos aborígenes, visitan antes Canadá y la costa oeste de los Estados Unidos Llegan al aeropuerto de la Ciudad de México el 10 de septiembre.

El estallido de la guerra en Europa los sorprende aquí Deciden quedarse y alquilan una casa en San Ángel, cerca de donde viven Diego y Frida.

Paalen organiza con el poeta peruano César Moro, avecindado en México desde un año antes, y con Breton, desde Francia, la Exposición Internacional del Surrealismo que se inaugura en enero de 1940 en la Galería de Arte Mexicano (GAM) de Inés Amor.

Tres de las 108 obras que se presentan pertenecen a Alice Paalen Son las primeras que exhibe, tres acuarelas pintadas en México: La reina sin ojos ; Du Jour au Lendemain y Rendez-Vous de Rivières En lo sucesivo, la pintura se convertirá en su actividad fundamental.

“Ella misma ha dicho –escribe Lourdes Andrade en Alice Rahon La magia de la mirada, un libro indispensable para quienes se interesen en conocer a la pintora– que fueron los colores de México los que la empujaron a cambiar la pluma por el pincel” La transmutación, como bien señala.

Andrade, no implica el abandono de la poesía, sino sólo su cultivo por otros medios.

Rahon presentó su primera exposición individual en la GAM en 1944, y al año siguiente empezó a mostrar su trabajo en Nueva York, Washington, San Francisco y Los Ángeles Hay mucha obra suya en Estados Unidos, tanto en museos como en colecciones particulares.

En 1947, al separarse de Wolfgang Paalen, comenzó a firmar como Alice Rahon (el apellido de su madre como soltera).

Alice Rahon presentó 13 exposiciones individuales en México entre 1944 y 1986 Ninguna de ellas tan amplia como la muestra que presentará el MAM, compuesta por cerca de 200 piezas (80 obras de la pintora, 10 de artistas vinculados a ella, y más de un centenar de fotografías, documentos, manuscritos y objetos personales) Por ello cabe saludarla desde ahora como un acontecimiento mayor Varios estudiosos de la obra de Rahon y de Paalen vendrán desde Europa para asistir a su apertura.

La responsable de su curación es Teresa Arcq, historiadora e investigadora especializada en el arte producido por pintoras surrealistas Fue invitada por el MAM cuando los herederos del archivo documental de Alice Rahon decidieron donarlo a ese museo hace un par de años –el proceso para ello se encuentra ya muy avanzado.

“Esta será la primera vez –explica la doctora Arcq, en entrevista con Proceso– que el espectador tendrá una visión tan amplia de la obra de Alice Rahon No se trata de una retrospectiva, aunque por supuesto se exhibirán ejemplos desde sus primeras obras hasta las últimas, sino más bien de una exposición temática, que busca construir núcleos para mostrar los diferentes temas que desarrolló a lo largo de toda su vida Es una visión de toda su vida como pintora que permite aproximarse a ella con un criterio diferente al cronológico.

“Hay muchas obras que nunca han sido expuestas, y entre los documentos que podrán apreciarse hay manuscritos de sus poemas, poemas inéditos, sus diarios de viaje a Alaska y a la India (fundamentales en su desarrollo como artista) Hay cartas con André Breton, Anaïs Nin, Valentine Penrose, Picasso (con quien Alice Rahon sostuvo un breve romance) ; un poema de Picasso escrito a raíz de su rompimiento.

“Creo que una aportación importante a nivel museográfico será el presentar como un diálogo continuo la pintura y la poesía de Alice Rahon (aquí publicó su último libro de poemas, Noir animal, en 1941) Así el visitante podrá apreciar mejor la correspondencia entre ambas formas creativas.

“Nuestro principal objetivo es sembrar en quienes vean la muestra el interés por la obra de esta artista, tan fecunda en los años cuarenta y cincuenta Despertar la curiosidad por la obra y la vida de esta artista sobre la cual hay mucho trabajo de campo pendiente Se ignora casi todo sobre su infancia y su adolescencia, porque el material de estudio que tenemos es a partir de su viaje a Alaska, de las acuarelas que comienza a hacer en México”.

Es hora, en verdad, de revalorar una obra que, por el ostracismo en que vivió su autora en la última parte de su vida, sólo conocen y recuerdan los interesados en las artes plásticas.

“Hacemos el cuadro, pero él también nos hace a nosotros”, le dijo Alice Rahon a Raquel Tibol, autora de una de las mejores aproximaciones a su obra2 –cuyo título reiteramos para encabezar esta nota– “La pintura pone en marcha fuerzas misteriosas La pintura tiene que ser y todavía es mágica”




À MÊME LA TERRE

Poèmes, Éditions surréalistes, 1936, Paris (extraits)


Une femme qui était belle

Une femme qui était belle
un jour
ôta son visage
sa tête devint lisse
aveugle et sourde
à l'abri des pièges des miroirs
et des regards de l'amour
 
entre les roseaux du soleil
on ne put trouver sa tête
couvée par un épervier
 
les secrets bien plus beaux
de n'avoir pas été dits
les mots pas écrits
les pas effacés
les cendres envolées sans nom
sans plaque de marbre
violant le souvenir
 
tant d'ailes à casser
avant la nuit




Les amazones de la mer

Les amazones de la mer
en robe noire dansent
comme des araignées dans leur toile
et crient et jouent à bouche close
sur le sable de cette grève
 
chacune son fil blanc assis sur le noir
un grain de terre dans la main
et les talons lisses usés couchés
 
le museau de bois à la place du visage
arqué par la folie sur le feu de nuit
tu respires les mots empoisonnés
ce fil tissé à la hâte
cette bave éclatante
ces cris d'herbe sous le pied
ces toiles lourdes d'encre
cette spirale vibrante d'eau
ce museau
cette pointe
noué dans la crainte du rire sans remède



SABLIER COUCHÉ

Poèmes. Frontispice par Joan Miró, Ed. Sagesse, 1938, (extraits)

Sablier couché

Nul vent dormant ne portera ma tête
nulle main à l'empreinte de ma joue
nul bras ne me tiendra
à la croisée ouverte ton bras est seul
tu n'as pu exister
entre ce soleil et cette croisée à l'injure du printemps
te voilà lacée et nouée
sans fin de fils et de noeuds
de ta propre toile muette
la femme déserte comme la maison vendue
prise au filet sans bruit de langes
sa bouche ne boit n'abreuve aucun langage
longue vaine niée par les veines
toute route perdue avant de naître
la colombe
à la robe usée de captivité
en cage d'osier à la fenêtre
tes feuillages ne sont pas nés
le merle oiseau des crépuscules
je ne peux à l'aube écouter ta voix
qui ferme les portes et les yeux
qui a bu mon coeur [...]

J'ouvre les écluses des ténèbres
fraîches pareilles aux dents du trèfle
que ce corps se repose
comme n'étant pas le mien
La grande moisson des orages est proche
Coupe les pieds du cheval pour qu'il se ressemble
Coupe les ponts pour mieux sauter
Cherche les larmes boiteuses dans une botte de foin
Corps cassé qui a joué au jeu du volant




Muttra

Tourterelle par terre
cherchant le corail pour sa lampe
Seins délivrés qui volez et chantez
à l'inverse de la pie qui se remplit de son chant
invisible dans l'arbre mouillé
Toutes les voix femelles à l'orée de la forêt
sous la patte palmée
qui sème une orge de nuages
au-dessus des terrasses de l'orge
La forêt aimantée part à la dérive
la forêt des fruits aux sexes confondus
aux lentes amours des mimétiques dans les lianes
cette feuille me regarde
de ses orbites vides
au fond du jardin volant




NOIR ANIMAL

Poèmes, Mexico, 1941, (extraits)


7. À Valentine Penrose.


Fougères en creux d'absence
astres d'or fin irradiant aux blocs de l'ambre nomade

spirales fossiles où mon sang
trouve l'axe de couler
j'ai porté né de la même vague
un coeur vert pendant comme une mangue
cassant au premier vent toutes les toiles d'araignées

j'ai tiré de mes mains mal fermées
et lâchées grosses d'éternité comme des ballons d'enfants
des journées libres hors du temps débile

mais bientôt
le sable noir sans écho
où mon oeil grand ouvert
aura perdu le chemin d'aube
j'ai laissé cette nuit les 9 étoiles du présage
pendues aux épaules d'Orion
Si demain les grillons élèvent
d'une autre nuit
leurs échelles de cris où j'ai grimpé
verticale jetée à tous les points d'osciller
battant à travers des ciels d'ombre ou de soleil
si la mer m'a dormie
horizontale comme elle
J'ai existé
d'un alphabet inachevé
à un jeu d'osselets au bord d'une lagune

manque de mon coeur
c'est un ami qui entre
c'est le vent du soir



12.


Un coquillage montant un escalier la nuit laisse des traces de pattes d'oiseaux phosphorescentes une bottine verte lacée et lancée par une sarbacane empoisonne les jeux de hasard qui poussent entre les pavés autre variété d'oeillets du poète le poète ne retrouve plus ses mains à chaque instant perchées sur les marronniers et le voyageur est très considéré qui voyage sur palpitation de coeur quant à cette flottille irremplaçable qu'un pêcheur à la ligne lance dans le ciel elle finit toujours au lavoir du soleil reconnaissable à son halo de taureau ses cornes crevant l'eau comme une simple cape cette forêt se sert de tous les expédients d'orateurs pour faire taire cet insupportable bavardage la grande soeur un peu bossue revient de la gare avec ses cadettes sportives.



22.


« Isabeau s'y promène le long de son jardin. »


Les Isabeaux de la barque à l'aube
laisses de mer sur le sable fluée
décoiffées dans les nasses des reflets
seins d'or natif pierres dans l'eau
faisant la roue comme un oiseau de paradis
Au jardin double d'une lagune la joue baignée
paume de l'invisible main
façonne la rive sans mémoire
la longue avenue de l'immobile
passe à proximité
 
le cri du courlis le chèvrefeuille ont joué ont perdu
Isabeau sur le bord de l'île
coeur de récifs où mer fleurit
fiancée d'écume et de reflux dupée
à la morte-eau
le sillon seul à la poupe est resté
vide à perte de vue
vide à perte de vie.




PLEINE MARGE

Cahiers de littérature, d'arts plastiques et de critique n° 4,
décembre 1986.
Poèmes et peintures


Le désespoirà Pablo Picasso

Le feu d'artifice est tiré. Le gris est la couleur absolue du temps présent. J'ai vu que les hirondelles imitent les feuilles mortes bien avant l'automne. Le désespoir est un collège de sourds-muets en promenade le dimanche.
Il vaudrait mieux. Je ne sais ce qui vaudrait mieux. Le fil se rompt à chaque instant, peut-être est-ce le même travail décevant quand un aveugle cherche à retrouver le souvenir des couleurs à sa fenêtre blanche.
Les belles femmes à taille d'argent volent toujours au-dessus des villes — Patience — Les poteaux indicateurs de ces routes où chaque erreur est irréparable se terminent en tête de cheval formant massue.
Il faut crier tous ses secrets avant qu'il soit trop tard. Il est d'avance trop tard si on a oublié de laisser la chaise où viendra s'asseoir le désespoir pour prendre part à la conversation. Le désespoir ne sera jamais réduit à la nécessité de mendier même si on brûle ses bras. Il affectera alors le profil d'un pavot sur un ciel d'orage. Son rire de pipe ne deviendra qu'insultant.
J'habite depuis peu une carte de géographie sur le mur. Je me crois au carrefour du vent. Je m'entretiens avec lui. Le bouquet de pieds-d'alouettes prend son vol au crépuscule et va passer la nuit sur les étangs. La poupée saute à la corde avec son ombre. Je n'apprivoiserai pas cette ombre qui me suivait dans mon enfance.
Je crois que les morts écoutent longtemps au fond de leur tombe si leur coeur va se remettre à battre. Pour le bruit, pour la compagnie du bruit, saluons la compagnie attachée par des ficelles.

29 mai 1936 (d'abord publié dans Noir Animal)




Textes inédits


Mélusine


Je salue l'arbre invisible
le buisson invisible
au milieu du jardin l'après-midi
que le colibri dessine de son vol
le mouvement immobile
les taches de soleil au fond du puits
le puits sans fond
au fond des ténèbres.
À l'aube, Mélusine
cueille le soleil dans ses mains
l'aube comme de l'eau s'enfuit
Mélusine ô ton cri
à ce soleil qui te poignarde!
Tu fuis enveloppée de ton cri
et le miroir de l'amour de l'amour
des hommes Mélusine
pleure ton reflet qui ne reviendra plus.
 
 

Le pays de Paalen à Wolfgang, d'Alice, 1960
 

Le pays de Paalen
le pays de l'azur
de l'eau vive sous les bois
et des bêtes de nuit
le pays des totems
et des phares de l'esprit
le feu, l'amour
l'ambre d'éternité
ton passage ici-bas
ton château étoilé.
Wolfgang Paalen, poète-prophète, peintre des mondes à découvrir,
Paalen au seuil des révélations écrites sur le sable de l'aube,
celui qui lit l'écriture des hirondelles sur le ciel de midi
celui qui est debout comme la cascade au flanc du rocher,
la cascade qui veille debout,
qui dort un sommeil de tonnerre
vêtue d'écume d'étoiles à naître,
de ténèbres éclatées, ou couché comme le torrent,
celui qui voyage au plus grand large
les Cosmogonies de ses royaumes sans retour,
Paalen empruntant les chemins de l'eau et du rêve pour les
   géométries enchantées au fond de la terre
au fond de l'air
au fond de l'azur perlé d'une orge de nuages; semailles et
moissons sans fin unies comme une cristallisation plus dure
que le rocher, une larme d'amour sur le coeur de la solitude.




Texte pour le catalogue de son exposition à la Willard Gallery, New York

4-28 décembre 1951
Texte d'abord écrit en espagnol pour son exposition à la Galeria de Arte Mexicano,
Mexico, juillet-août 1951.


À l'origine, dans la nuit des temps, la peinture était magique; elle détenait la clé de l'invisible. À cette époque-là, la valeur d'une oeuvre dépendait de son pouvoir d'évocation, pouvoir inaccessible au seul talent.
Tel le shaman, la sibylle ou le sorcier, le peintre devait se faire humble, afin de pouvoir assister à l'apparition des esprits et des formes.
Aujourd'hui, nous vivons à un rythme qui nie le principe primordial de la peinture; conçu dans la contemplation, le contenu émotif d'un tableau ne peut être perçu en dehors de la contemplation.
L'invisible nous parle et l'univers qu'il décrit prend la forme d'apparitions; il éveille en chacun de nous la nostalgie du merveilleux et nous en montre le chemin, celui de la grande conquête de l'enfance et qui se perd lorsqu'on nous impose un système d'éducation rationnelle.
Peut-être aurons-nous déjà vu la Cité d'Émeraude dans quelque rêve lointain provenant de la réserve émotionnelle commune à tous les êtres humains. En entrant par la porte des Sept Couleurs, nous voyageons le long de l'Arc-en-Ciel.


Mexico, 1951.
Traduit de l'anglais par Georgiana Colvile.




Texte inédit

15 juillet, 1972, (récit de rêve)


Une boussole dans une tempête « magnétique », image venue ce matin à 5 h quand j'essaie vaguement de définir mon « destin », maintenant, où des souvenirs de tempêtes sur mer, dans les récits de navigateurs, ou d'amis qui m'ont raconté des traversées longues et dangereuses — Santiago Genoves, paléontologue, les deux voyages de la « Ra » avec Thor Hayderdal — Je me souvenais d'abord de ce beau compliment de Varda1 : « Alice est une femme selon mon coeur », après une tempête de mistral qui nous avait emportés de Cassis à la Ciotat, Varda, Serge Brignoni et moi, sur la petite barque « Le Loucat », petit bateau de pêcheurs de 5 m, « ponté » par Yanko.


Transcrit par Georgiana M. M. Colvile.



Notes


1) — Yanko Varda, oncle de la cinéaste Agnès Varda, peintre grec qui fréquenta le groupe surréaliste sur la côte d'Azur, pendant les années 20 et 30.


In : Scandaleusement d'elles de Georgiana Colville,
ed. Jean-Michel Place, 1999